![]() |
||
| (c) Tony | ||
2009 a vu la multiplication des éditeurs de bande dessinée numérique comme d’autres ont vu celle des petits pains. [1] Au milieu de tout ce fatras d’annonce, force est de constater la pauvreté des sorties : les apports potentiellement infinis des technologies numériques sont largement négligés. La bande dessinée numérique, qu’il s’agisse de bande dessinée numérisée [2] ou de bande dessinée spécifiquement créée pour les supports numériques, reste envisagée par les auteurs et les éditeurs sous le paradigme et les codes de la bande dessinée papier. Faisons abstraction des questions bassement commerciales qui guident les choix éditoriaux et créatifs dans ce domaine, [3] et tentons de voir pourquoi l’approche de la bande dessinée numérique reste cantonnée à une vue aussi courte...
Numérique. Quatre syllabes pour un vaste monde. Les acteurs de la bande dessinée papier sont encore à l’orée de cette forêt, quand il faudrait y pénétrer pleinement afin de l’explorer. Cette exploration peut se faire de différentes façons, selon différentes stratégies, c’est de ces stratégies dont il est question ici.
De manière schématique, on peut opposer deux premières stratégies : l’une relevant de pratiques d’édition et de diffusion, l’autre travaillant au cœur du médium. Aujourd’hui, c’est la première qui prime. Ce qui intéresse dans l’usage des technologies numériques sont les nouvelles possibilités d’édition et de diffusion. Dans le cas de Bludzee, [4] Lewis Trondheim justifie cette stratégie de la manière suivante : la francophonie n’a laissé que peu de place au strip. L’écran de l’iPhone et autres smartphones permet de faire revivre ce genre négligé, et l’abonnement permet d’en faire un rendez-vous quotidien. C’est aussi la stratégie des blogueurs : le rythme régulier imposé par le blog, la publication sous forme de notes brèves et les réactions potentiellement instantanées des lecteurs ont remis au goût du jour le journal ou encore le feuilleton. Puisque ces auteurs ont compris certaines particularités liées au support numérique, qu’y a-t-il à y redire ? Il se trouve que cette approche du numérique, si elle est tout à fait légitime et justifiée, se révèle très vite pauvre et limitée en regard de la seconde stratégie. Celle-ci consiste à travailler au cœur du médium et à le transformer, ou plutôt à l’hybrider [5] avec ce que l’on pourrait appeler le « médium » numérique, entendu en un sens large. Nous y reviendrons un peu plus loin, mais ne brûlons pas les étapes...
Ces deux stratégies se reflètent étrangement dans une autre dichotomie qui oppose une approche empirique et une approche formelle (ou formaliste) de la bande dessinée numérique. Auteur de ces formules, Thierry Smolderen [6] qualifiait respectivement sa propre stratégie et celle de ses collaborateurs lors de la création du site Coconino World, et la stratégie défendue par Scott McCloud. [7] La stratégie formaliste de McCloud propose de repenser la planche en fonction de la fenêtre du navigateur. C’est la théorie de la toile infinie : le numérique, et en particulier Internet et l’interface des navigateurs, permet de ramener la bande dessinée à sa forme la plus originelle, celle d’une bande non segmentée par les pages de l’album. [8] La planche peut prendre des dimensions infinies, et la narration s’en trouve fluidifiée, à la vitesse du défilement du scrolling, ce qui revient en quelque sorte à la déplacer derrière la fenêtre. On peut être d’accord ou non avec cette approche, ou comme moi la trouver encore trop limitée. Par contre, elle est agissante au cœur du médium : ce qu’il s’agit de faire ici est bien de revoir complètement ce qu’est la bande dessinée (sa forme, son système, sa narration, etc.) quand on la fait jouir des apports formels du numérique. L’approche empirique quant à elle, consiste, à partir de ce qu’on connaît, à savoir la bande dessinée sous sa forme papier, et, en conservant cette forme, à tâtonner pour voir comment elle pourrait être portée par Internet.
A l’époque, Smolderen critiquait l’approche formelle, qui s’éloignant trop de ce que les acteurs de la bande dessinée connaissent ne pouvait que les dérouter. [9] Et c’est là que le bât blesse. L’approche empirique est avant tout une approche éditoriale. Lorsque l’équipe de Coconino World a créé ce site, elle ne s’est pas posée la question de la forme que la bande dessinée pourrait prendre, hybridée avec les technologies numériques. Le seul but (louable) de cette entreprise a été de réfléchir à la manière dont pouvaient être diffusées des bandes dessinées sur Internet, avec en arrière-plan l’idée que des formes nouvelles naîtraient d’elles-mêmes, naturellement. C’est évidemment le cas : le blog par exemple a vu naître des formes de notes très brèves ou au contraire des strips verticaux à faire défiler. Le téléphone portable a vu naître différents systèmes de lecture, que ce soit case à case, en manipulant une planche (défilement, zoom et dézoom) ou diaporamas plus ou moins animés (motion comics). [10]
On pourrait sagement en rester là, si ce n’était l’absurdité de certaines situations que cela engendre. L’une d’elle concerne le Prix de la Révélation Blog, et a été relevée par Fred Boot dès sa création. Je vous la livre à la forme déclarative, c’est ubuesque : les trois gagnants du prix du blog-bd sont récompensés par la publication d’un album papier. Ici, on entend les rires enregistrés. Connaissant l’humour de Wandrille, j’aimerais croire à une bonne grosse blague. C’est pourtant la réalité. La faute à l’approche empirique : les acteurs, auteurs comme éditeurs, font ce qu’ils connaissent, et ce qu’ils connaissent, c’est la bande dessinée papier. Résultat : les blogueurs bloguent en vue d’une publication papier, et si ce n’est pas leur but, continuent de créer sous le régime de la bande dessinée papier.
Il en est de même pour les bandes dessinées numériques sur téléphones et autres terminaux, quand bien même elles ont été créées spécifiquement pour ces supports. Car ces formes nouvelles sont accidentelles, et restent pour toutes les raisons évoquées ci-dessus cantonnées au degré zéro du numérique. Les différents acteurs concernés restent, pour filer la métaphore forestière, à l’orée du bois. Ils ont à peine écarté quelques feuilles, alors qu’ils devraient s’enfoncer dans les fourrés à grands coups de machette ! La difficulté est avant tout d’ordre pédagogique : par frilosité ou par ignorance, [11] seul le versant éditorial de la bande dessinée numérique est exploré, et donne parfois par le plus grand des hasards naissance à un embryon de forme nouvelle.
L’approche formaliste, ancrée au cœur du médium, serait donc la réponse. C’est en fait plus compliqué que cela. Cette approche peut elle-même prendre trois directions, ou plutôt relever d’un parmi trois grands ensembles, qui se chevauchent à leur intersection. La bande dessinée numérique peut tendre vers l’animation et/ou vers le multimédia [12] et/ou vers l’interactivité. C’est ici que le titre de cet article (manifeste ?) va commencer à prendre son sens : il y a une direction qui me paraît bien plus pertinente que les deux autres. Je pense que la principale caractéristique du « médium » numérique, celle qui le différencie le plus de tout autre médium, est l’interactivité. Tendre vers une bande dessinée numérique qui use vraiment du champ de possible de ces technologies, et qui par-là s’éloigne le plus du régime papier, revient à entrer de plein pied dans une bande dessinée interactive.
Ce placement de l’interactivité en tête des trois ensembles est certes une préférence personnelle, mais n’est pas que subjectif. Il est d’abord validé par mes propres recherches en ce domaine. [13] Il est aussi la conséquence logique des remarques suivantes. Le multimédia n’est pas propre au numérique : le cinéma par exemple mêle image et son. De même, l’animation n’a pas attendu l’apparition des ordinateurs. Par contre, le terme interactivité est bel et bien né pour qualifier une spécificité de l’informatique, et qu’aucun autre médium ne possède. [14] Il convient également de prendre en compte les imperfections de ces deux ensembles que je disqualifie, et qui les limitent très rapidement. Une bande dessinée qui tendrait vers l’animation se trouve face à deux options : en rester au niveau du diaporama plus ou moins évolué, [15] ou alors mettre en mouvement un maximum de ses constituants et devenir au final un vrai dessin animé. Le principal défaut de l’ensemble multimédia est qu’il est très rapidement chevauché, voire absorbé par l’ensemble interactivité, à laquelle il se retrouve très souvent inféodé pour une raison toute simple : c’est l’interactivité qui va permettre l’accès aux différents média intégrés dans la production multimédia.
Certes, la voie de l’interactivité est elle aussi risquée : du gadget superflu au risque de tomber dans le jeu, l’équilibre est délicat. Le lecteur avisé se fera par exemple cette réflexion : si je dois faire défiler la planche ou encore cliquer sur le bouton « suivant », le blog ou la bande dessinée sur portable sont déjà interactifs. Ce lecteur a raison, car la voie de l’interactivité elle-même comporte plusieurs paliers ; j’aurai l’occasion d’y revenir dans un prochain article. Néanmoins, quelles que soient les difficultés et les pièges, c’est bien en défrichant les broussailles de la bande dessinée interactive que l’on s’éloignera le plus du papier, et surtout que l’on rendra impossible un retour au papier de cette bande dessinée numérique principalement interactive. Complètement déliée du régime papier, la bande dessinée numérique interactive devient alors rien de moins qu’un nouveau médium.
[1] Les deux noms qui reviennent le plus souvent sont ceux d’Aquafadas et sa filiale Ave !Comics et Digibidi. Janvier 2010 a déjà vu apparaître sur ce secteur Tekneo et iGoMatik. Et la liste serait longue...
[2] Et soi-disant « adaptée » aux supports numériques.
[3] Exemple flagrant et contre lequel je m’insurge est la question de la création de dispositifs de lecture (players) standardisés. But suprême de ces derniers : permettre d’accueillir n’importe quelle bande dessinée. Lewis Trondheim lui-même, lors de son intervention au sujet de Bludzee au dernier festival d’Angoulême (après-midi consacrée à la bande dessinée interactive, le jeudi 28 janvier 2010) a prêché en faveur de ce qu’il convient d’appeler le « 48CC » de la bande dessinée numérique. Autant dire que cela ressemble cruellement à un avortement de la bande dessinée numérique, qui se trouvera cantonnée avant sa naissance au degré zéro des possibilités qui s’ouvrent pourtant à elle.
[4] Bludzee est un petit chat noir. Pour 0,79€ par mois, vous recevez votre gag quotidien en six cases à lire sur l’écran de votre téléphone ou de votre ordinateur.
[5] Pour reprendre un terme cher à quelques théoriciens des arts numériques, Edmond Couchot ou Norbert Hillaire par exemple.
[6] Thierry Smolderen, Coconino World, explorer l’espace des formats BD/I, in 9è Art, n°8, janvier 2003.
[7] Scott McCloud, Reinventing comics, Harper Collins Publisher, 2000.
[8] Rappelons que McCloud voit dans la peinture rupestre ou autre tapisserie de Bayeux l’ancêtre direct de la bande dessinée, ce qui explique cette idée de retour à une forme qui aurait été perdue à cause de l’imprimerie.
[9] On peut noter qu’à l’époque, c’est cette approche qui est selon lui majoritaire. Les blogs-BD n’existaient pas encore, les choses ont donc bien changé !
[10] Je renvoie ici à la note 3.
[11] Et parce qu’il s’agit de faire du chiffre... mais j’avais promis de feindre de l’ignorer !
[12] Et plus encore aujourd’hui le rich-media. Par souci de clarté, je les classe encore dans la même catégorie, cependant ils sont bien différents.
[13] Une bande dessinée multimédia et une bande dessinée interactive et un mémoire.
[14] On l’utilise depuis (à tort) pour qualifier des œuvres qui mettent en interaction artistes et/ou œuvres avec le spectateur, quelque soit la nature de ces œuvres.
[15] Tels ceux mis en place sur téléphone portable que j’évoquais plus haut, et qui ne sont d’ailleurs pas nés d’une approche formaliste mais d’une approche empiriste.
|
#01
|
On pourrait aussi envisager cette question sous l’angle de la dimension "trans-média".
Sans doute l’interactivité propre au numérique ouvre de nouveaux horizons, mais aujourd’hui, il semble qu’une oeuvre, pourquoi pas une bande-dessinée, puisse aussi s’articuler sur différents média simultanément. J’ai l’impression que cette possibilité offerte de ne plus se cantonner à un support donné est vraiment ce qui se joue aujourd’hui.
|
|
par Un inconnu le 12 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>01
|
La dimension "trans-media" semble un peu augurer d’une volonté commerciale forte plus que d’un besoin d’innover, adapter un même album à plusieurs support semble contre nature.
Un album est dessiné et mis en page d’une certaine manière , pour répondre à l’impératif d’un format de page et d’un enchainement de page, comment découper cela pour un autre média et en conserver toute la cohérence et la substance ?
par ben le 12 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#02
|
le projet les autres gens est peut-être une avancée dans le développement de la bande dessinée numérique. http://www.lesautresgens.com/spip.p... Pour une fois, des créateurs s’emparent d’un outil, d’un médium. Le problème du numérique et de son développement est simple. Tant qu’il ne sera pas possible de faire de l’argent avec, les éditeurs et malheureusement les auteurs ne s’investiront pas dans son développement. C’est triste mais c’est un fait. Pour le moment, le blog est un tremplin vers l’édition papier. Les premières intentions de Boulet n’allaient pas dans ce sens.. pourtant, il a évolué (il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis). Je ne serai pas surpris de voir les strips de Trondheim en livre papier dans la collection shampoing. Je pense que cela est du à la sacralisation (que je partage) de l’objet livre. |
|
par loic le 12 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>02
|
Bien sûr qu’il y aura un recueil en livre de Bludzee. Chez Shampooing. Un très joli livre de 370 pages. Concernant le strip lui-même sur iPhone, vous me faites dire uniquement que c’est né de ma frustration de ne pas voir de strips quotidiens dans les journaux en France. C’est incomplet.
Bien évidemment, Bludzee n’est pas innovant d’un point de vue narrativo-numérique. je suis d’accord. Vous écartez dès le début le nerf de la guerre qui est le modèle économique de tout ça. Il n’y a pour l’instant (et peut-être n’y aura-t-il jamais) de modèle économique pour un auteur de subsister avec le numérique. Le rôle du replacement en support papier est alors d’encourager l’auteur à persévérer... Autre élément, sans doute sémantique, mais je ne suis pas sûr que l’on parlera encore de "bande dessinée" lorsque des solutions seront trouvées. Je suis très circonspect quand à des bandes dessinées interactives. On risque fort de se retrouver avec des story-boards de jeu vidéo. Dernier point, pour contre-balancer un ton un peu négatif. Je pense que les auteurs auront beaucoup à gagner si un modèle s’installe. Et les éditeurs pas forcément beaucoup à perdre. Nouveaux supports, nouveaux publics...
par lewis trondheim le 12 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#03
|
Je vois que ce sujet ne laisse pas indifférent, c’est déjà ça ! Quant à la teneur des commentaires, ils confirment ce que je disais, non ? Je vais tenter de répondre à quelques remarques : Ben et L’inconnu > Sur le trans-media, l’essentiel se joue dans ce que dit Ben : « comment découper cela pour un autre média et en conserver toute la cohérence et la substance ? » La question du trans-media est bien celle de l’adaptation, qui a d’ailleurs fait l’objet d’articles sur ce site. Du papier au numérique ou du papier au ciné, on est dans le même cadre. Personnellement je serai très curieux de voir un jour un travail en sens inverse : l’adaptation en album d’une bande dessinée pensée uniquement pour le numérique (je ne parle pas des blogs imprimés, qui ne sont pas des adaptations, mais vraiment d’une bande dessinée numérique qui serait animée, interactive, ou que sais-je, bref impossible à retranscrire sur papier a priori). Loic et Lewis > « Il y avait aussi la frustration de ne voir que des albums bd adaptés sur iPhone et pas de création. Et vous n’avez pas préciser que les strips sont traduits en 19 langues. Chose que l’on ne pas pas faire autrement qu’avec le numérique. » D’abord merci pour ces précisions. Ces éléments relèvent pleinement d’une approche éditoriale. « Vous écartez dès le début le nerf de la guerre qui est le modèle économique de tout ça. Il n’y a pour l’instant (et peut-être n’y aura-t-il jamais) de modèle économique pour un auteur de subsister avec le numérique. » Je ne suis pas devin, et encore moins spécialiste des questions économico-juridico-propriété-intellectuelle. J’invite les auteurs à se pencher sur ces questions : il serait dommage de laisser les éditeurs agir comme dans l’industrie musicale, qui méprise totalement internet au lieu de s’en servir. Ironie du jour : les anciens responsable de The Pirate Bay réfléchissent actuellement à un système de rémunération nouveau pour les artistes diffusés sur le web, à mi-chemin entre la licence globale et le crowfunding (corrigez-moi si je m’embrouille). Maintenant à titre personnel, je ne me souci pas de ces questions : d’une part parce que je suis jeune et con et que pour moi la gratuité de la culture est essentielle (encore plus sur le web !), d’autre part parce que les bandes dessinées que je réalise (papier ou numérique) ne me permettront jamais de gagner un kopeck. « Autre élément, sans doute sémantique, mais je ne suis pas sûr que l’on parlera encore de "bande dessinée" lorsque des solutions seront trouvées. Je suis très circonspect quand à des bandes dessinées interactives. » « Je partage l’opinion de Lewis Trondheim sur le risque d’un résultat proche du story-board de jeu vidéo. Je pense qu’il y aura beaucoup de concept. » Trois réponses à cette remarque : D’abord que la question de l’interactivité ne va pas de soi évidemment : ce sera l’objet de mon prochain article. Ensuite, que la qualité d’une bande dessinée numérique ne tient pas à son type (orientée animation, orientée interactivité, orientée blog, etc…). Dans tous ces types, il y a(ura) de bonnes et mauvaises créations, comme sur papier il y a de bonnes et mauvaises bandes dessinées d’heroic fantasy, et de bonnes et mauvaise bandes dessinées d’auteur. Enfin, moi non plus je ne suis pas sûr qu’on parlera encore de « bande dessinée » : je vous invite à relire la toute dernière phrase de mon article, vous l’avez un peu vite oublié ! |
|
par Tony le 14 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>03
|
"d’une part parce que je suis jeune et con et que pour moi la gratuité de la culture est essentielle (encore plus sur le web !)" Je sais, c’est un autre débat, mais je ne peux pas ne pas réagir à ça. Où cela nous mène-t-il ? 1/- A une culture "gratuite" (l’est-elle vraiment d’ailleurs) financée par les investissements publicitaires et marketing de grands sponsors ? Je crains que les dégats soient colossaux à très court terme en matière de liberté d’expression et de création... 2/- A une culture "publique" financée par l’impôt ? Les limites seront vite atteintes (elles le sont déjà). 3/- A une culture de "peintres du dimanche" qui gagnent leur vie par ailleurs et s’amusent le week-end. Epargnez-nous ça par pitié ! 4/- A une culture de "crève la faim", plus underground qu’underground, cantonnée dans des squats et diffusée dans la rue "à vot’ bon coeur M’sieur Dame"... Je suis comme tout le monde : je trouve à la gratuité tout plein de qualités "essentielles"... mais j’attends toujours qu’on m’expose la martingale qui permettra aux artistes de vivre et de créer dans ces conditions sans une régression majeure. Je veux bien croire aux abus des "majors" culturelles et je serai le premier à les combattre, mais ce n’est pas parce qu’un concept est jeune et "de son temps" qu’il est forcément bon. Théoriser sur la gratuité de la culture à partir de ce qui se produit en ce moment sur internet me semble surtout une excellente façon de se donner un alibi pour se justifier de "consommer" de l’art sans rémunérer les artistes. Par chance je ne suis pas directement concerné, une entreprise me rémunère pour faire tout autre chose que de l’art, par contre, je crois que je suis définitivement déjà devenu un "vieux con" !... :)
par Manu temj le 16 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#04
|
Article intéressant, mais qui ne me convainc toujours pas. La bande dessinée interactive et numérique sur le web me laisse assez sceptique aussi, en tant que renouvellement créatif. Qu’est-ce qui a révolutionné la bande dessinée, et la lecture qu’on en a, ces dernières années ? Chris Ware, Blutch... mais pas Boulet ou Pénélope Bagieu.
Il me semble qu’en cherchant absolument le nouveau concept enfoui dans les pages web et leur interactivité potentielle, on oublie l’infinie potentialité de la simple page blanche, en papier, prête à être remplie de signes et de traits. On oublie que la lecture est déjà une interactivité très puissante, jouant, sans aucun contact physique, par la seule force de la vue et de l’esprit, avec les images, les mots, et le rythme des espaces. Cette interactivité me semble indépassable.
Il me semble donc que le formidable atout de la bande dessinée sur internet est tout simplement l’immédiateté de la publication, l’accessibilité maximale par tous (bien qu’illusoire), l’échange communautaire... rien de créatif, mais tout de même une petite révolution éditoriale (ou tout au moins, comme il est dit dans l’article, l’effet sur la forme est la multiplication des récits courts, des strips, ou encore du feuilleton... mais encore cela n’a rien de nouveau du point de vue formel).
A ce propos, la moquerie concernant la récompense du Prix révélation blog est quelque peu naïve, non ? 99% des blogueurs rêvent d’une publication papier.
|
|
par Big Ben le 15 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>04
|
Je suis tout à fait d’accord avec ces remarques, et d’ailleurs grand admirateur du travail de Chris Ware. Chez moi les deux "domaines" de recherche sont complémentaires : mes bandes dessinées papiers font échos à mon travail numérique et réciproquement (ex : lors de la réalisation du chapitre "Fantômes" de "Prise de tête", qui fonctionne sur des apparitions/recouvrements avec la souris, je réalisai en parallèle une bande dessinée papier utilisant une page transparente pour multiplier les lectures par recouvrement, dans "Bévue" n°6). C’est vraiment complémentaire, et je tenais à le préciser, car cela explique aussi mes prises de position ^^ Quant à la "moquerie" sur les blogueurs, et pour en connaître un certain nombre personnellement, c’est tout à fait conscient et assumé.
par Tony le 15 février 2010
| Répondre à ce message
Je tiens à rappeler que Tony a lui même réalisé une BD interactive (contrairement à Boulet ou Bagieu) et qu’en elle même elle représente un bon argument et un bon exemple des potentiels et des inventions possibles dans le domaine. Certainement que Tony est trop modeste pour le mettre en avant alors je le fais à sa place (le lien est dans son texte). C’est un tentative assez belle, pas toujours évidente à suivre ni aisée à la lecture, mais elle propose un joli bouquet de possibilités (pas toutes nouvelles, le principe de caches ou de recouvrements existaient avant, mais disons qu’ils prennent une nouvelle dimension ici).
Sa Prise de Tête montre bien je trouve qu’il y a matière à chercher et à travailler de ce côté, sans même convoquer un technique informatique faramineuse.
par Julien le 15 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#05
|
Je vois que beaucoup de choses sensées ont déjà été dites, j’aimerais cependant ajouter ma pierre à l’édifice en rebondissant sur cette idée de bande dessinée interactive se rapprochant du jeu vidéo : Suivant d’assez près les créations expérimentales de bande dessinées, comme de jeux vidéos, je constate que dans les faits, le jeu vidéo a plus tendance à se rapprocher de la bande dessinée que la bande dessinée à se rapprocher du jeu vidéo. En témoigne par exemple ce petit jeu de Daniel Benmergui : http://www.ludomancy.com/games/Stor... Le problème étant peut-être, au delà des contraintes éditoriales déjà citées, que les auteurs BD n’ont pas le bagage informatique nécessaire à l’élaboration de "bande dessinées interactives" tandis que les designers de jeux vidéos (dont les contraintes éditoriales sont plus dures encore)possèdent le bagage graphique nécessaire à l’élaboration d’une bande dessinée. Peut-être faudrait-il songer à faire rencontrer ces personnes afin de créer ce "nouveau média" car si certains n’en semblent pas convaincu, je suis comme Tony persuadé qu’il y a là des terres à explorer. Si certains d’entre vous sont curieux de découvrir ce qui se passe dans les laboratoires de cet autre média jeune et dénigré qu’est le jeu vidéo, vous pouvez jeter un oeil sur ce blog (le mien). J’essaye d’y présenter les nombreux jeux vidéos gratuits en ligne s’inscrivant dans une démarche Ou-X-pienne. |
|
par Pierrec le 15 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>05
|
bon, je voudrais dire mille choses, parce que le débat m’intéresse au plus au point, mais je vais tenter de me limiter à quelques points précis. D’abord, pour l’avoir expérimenté il y a une dizaine d’années, je sais que les pistes sont nombreuses lorsque l’on crée une bande dessinée sur support numérique. À mon sens, 2 défis se posent à l’auteur qui aborde ce support. Tout d’abord, sur le plan narratif, concilier tabularité et interactivité. Puis, sur le plan visuel, faire cohabiter l’interface graphique (paradigme d’utilisation de l’oeuvre) et le dessin.
Sur le premier point, j’ajouterai que l’interactivité, agissant comme vecteur de non-linéarité dans le récit, me semble la plus productive dans un contexte numérique. Il faut alors considérer l’oeuvre comme étant un ensemble ouvert, à découvrir pour le lecteur, alors que pour l’auteur, cette ouverture se traduit par un travail de scénarisation assez exigeant qui ressemble à ce qui ce fait dans le domaine du jeu vidéo.
Sur le deuxième point, les compétences que doivent acquérir l’auteur sont celle d’ergonomes et de designer d’interfaces, qui, bien que relevant du domaine graphique, diffèrent complètement de la mise en images d’une bande dessinée.
Toutes ces compétences me semblent assez complexes, voire spécialisées, pour être l’affaire d’une seule personne. Comme le suggère Pierrec, il devient alors nécessaire de repenser aussi le mode de production pour le numérique et de rassembler des créateurs issus de milieux aussi divers que la bande dessinée, le jeu vidéo, l’ergonomie, la scénarisation interactive et la programmation.
par SébastienT le 16 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#06
|
Je crois vraiment qu’il ne faut pas confondre bande dessinée numérique et bande dessinée interactive.
Pour moi, s’il s’agit juste de cliquer sur un bouton pour faire apparaître la page ou la case suivante, même si c’est bien pensé, intelligemment réalisé etc, il s’agit de bande dessinée numérique et pas interactive – ce qui n’est pas du tout péjoratif, ça peut être formidable le numérique ! Mais ce n’est que jouer avec le sens de lecture. Et c’est déjà beaucoup quant on voit que la majorité de la bd sur internet n’est que du scan de planches (je ne blâme personne, je fais ça moi-même...)
Mais pour considérer une bande dessinée comme étant interactive, pour moi, il faut qu’il y ait la problématique du choix. Qu’à un moment, le lecteur intervienne, interagisse dans le cours de l’histoire, dans le déroulement des choses, et que ce ne soit pas seulement choisir à un moment X ou Y de passer à la case suivante.
Et j’ai beau chercher, honnêtement, j’ai très rarement vu ça.
|
|
par Vincent le 16 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>06
|
C’est exactement ce que je propose dans Prise de tête, et que j’expliquerai dans le prochain article ^^
Je tiens quand même à préciser, avant d’y revenir dans ce prochain article, que "bande dessinée interactive" n’est pas du tout synonyme de "bande dessinée dont vous êtes le héros", ce que votre message pourrait laisser penser.
par Tony le 16 février 2010
| Répondre à ce message
Je suis d’accord avec Vincent.
Je voudrais juste ajouter quelque remarques.
Dans la BD numérique Bludzee, je penses que l’innovation de Lewis Trondheim est d’avoir dessiné 365 strips de 6 cases en amont pour permettre ensuite à celui qui s’est abonné de suivre l’histoire chaque jour pendant un an instituant ainsi un feuilleton qu’aucun autre support hormis internet ne pourrait offrir. De même, les bonus inclus dans certains strips font que si ce matériel devait être un livre cela représenterait une pavé de plusieurs centaines de pages qui de plus n’aurait pas la cohérence que le net offre.
Enfin, seul internet permet d’offrir pour 8 euros un livre d’un auteur connu et reconnu.
Abonné à Bludzee, j’en achèterais néanmoins le livre car pour moi ce sont deux support différents qui peuvent parfaitement coexister et se compléter (voir remarque sur les bonus ci dessus).
Votre article est intéressant et j’attends sa suite avec impatience mais je reste malgré tout convaincu que comme vous l’abordez en fin d’article que votre démarche s’oriente plus vers un autre médium qui dépassera le cadre de ce qu’est et restera la Bande Dessinée (même numérique)..
Mais je peux encore changer d’avis, hein !
par chris64 le 16 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#07
|
Merci pour cet article des plus complets vus sur le net à ce sujet...
La réflexion pourra un jour s’étendre à l’illustration de presse qui n’a pas trouvé sa place sur internet. Le monde par exemple présentait il y a encore 2 ans, sur sa première page du site, les dessins en couverture de la version papier.
L’illustration des articles est passée du dessin à la photo et à présent à Youtube. Les illustrateurs n’ont pas su proposer à temps une alternative propre à internet, qui leur offre un pourtant un panel de solutions simples et attractives.
|
|
par Urwiller le 17 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
#08
|
"Faisons abstraction des questions bassement commerciales qui guident les choix éditoriaux et créatifs dans ce domaine, [3] et tentons de voir pourquoi l’approche de la bande dessinée numérique reste cantonnée à une vue aussi courte..." Quelle audace ! Au fond cela reviendrait à proposer : inventons l’automobile mais passons nous de carburant et de routes ! Je m’explique et encore une fois, je sais que je ne vais pas me faire que des amis : Il y a un truc qui me surprend dans toutes vos interventions "hautement artistiques" (article + commentaires). Personne ne parle des machines, de leur coût et de leur avenir. J’assiste certainement à une réunion d’enfants gâtés pour qui l’argent pousse dans les poches et pour qui les problèmes matériels sont des abstractions. Pourtant, si on veut inventer une BD numérique un peu plus élaborée que celle des petites notes bâclées des blogs, le vrai problème et les vraies questions à se poser sont là. Sans la caméra, sans le projecteur et sans les salles d’exploitation, pas de Charlie Chaplin et donc, pas de 7ème Art. Si des machines type IPad ou Kiddle ne se démocratisent pas et ne se standardisent pas rapidement, si les éditeurs doivent passer par des opérateurs et des constructeurs pour propager les œuvres qu’ils défendent, la création de BD numériques restera confinée aux blogs. Un hobby pour étudiants attardés. Mais bon, avec des écrans qui peuvent offrir des images animées accompagnées de sons, l’avenir de la BD sur le net existe déjà, ce sont ses produits dérivés comme le dessin animé et le jeu vidéo. Ou alors , s’il y a un avenir pour les images fixes sans paroles, il existe déjà aussi : le livre et la presse. Donc, si des objets nomades type IPad/Kiddle ne parviennent pas à s’imposer, l’avenir de la création de BD numériques sur le net, sera le papier. Avec une gestion intelligente des forêts, le papier a encore un bel avenir... J’insiste sur la dimension nomade du livre parce qu’elle est fondamentale. Sans cette dimension nomade, pas de christianisme, pas d’islam, pas de Peanuts. La portée de la chose n’est donc pas négligeable. N’envisager la lecture de BD numériques que sur de gros écrans fixes, c’est se priver de beaucoup de moments et de lieux propices à la lecture (transports, jardins publics, plages, lit...) et donc, se priver de beaucoup de lecteurs. N’oubliez pas aussi que l’invention du livre de poche a encore popularisé la lecture. La taille de l’objet n’est donc pas négligeable. Pour une bande dessinée, qu’elle serait la taille standard idéale ? Type Iphone ou type IPad-Kiddle ? Si les éditeurs les plus puissants restent passifs, ce n’est pas par hasard. La créativité ne suffit pas. La bande dessinée est née de l’industrie, c’est cette dimension industrielle qui l’a démocratisée. La BD est une industrie et pour se développer, elle a besoin d’un modèle économique viable. Alors, pour l’instant, la dimension "hautement artistique" n’est qu’une question formelle. Le problème de fond n’est donc pas là. Le problème, c’est : quel modèle économique pour financer, développer et diffuser des œuvres et quelles machines ? Mais cette question qui en contient plusieurs semble certainement trop "bassement commerciale". f* |
|
par f* Parme le 19 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>08
|
Hum, drôle de priorité, le vrai et premier problème serait celui du modèle économique, celui de la forme n’étant que secondaire. Donc il faut se demander comment vendre la BD interactive avant de se demander ce que c’est ? Et l’innovation devrait attendre la demande du marché ? Et puis bizarre aussi l’esprit de cette intervention qui sous entend que tant qu’on n’est pas payé, professionnel, on reste un étudiant attardé. Mais encore une fois La BD de Tony montre bien qu’il est possible d’être inventif et de travailler sérieusement sans être payé pour. Je ne dis pas que c’est l’idéal, mais enfin Tony lui même ne se fait pas d’illusion en disant qu’il sait très bien qu’il ne gagnerai pas sa vie avec ce genre de travail. Alors quoi ? Pas d’argent pas de BD ? Pas de recherche ? D’accord pour ne pas évacuer la question commerciale, mais de là à en faire la question principale...
par Julien le 19 février 2010
| Répondre à ce message
C’est assez curieux d’attaquer le travail de Tony sur une question de "modèle économique viable" alors que tout cela est fait dans le cadre d’une recherche universitaire, qu’il s’agit là d’une recherche générative en terme d’outils, de possibilités "artisano-techniques" pour la "bande dessinée numérique". Possibilités interactives, de recouvrement, de déplacement des cases, etc. Bref tout un tas d’outils sont imaginés dans ce travail, outils dont quiconque peut se saisir pour peu qu’il en ait l’envie. Balançons quelques faits sociologiques primaires : la très grande majorité des français disposent d’ordinateurs de salon, qu’ils utilisent pour accéder à du contenu sur internet. La très grande majorité des artistes, y compris les auteurs de bande dessinée, ne vivent pas décemment de leurs œuvres (en tout cas rare sont ceux qui en vivent uniquement). Je ne vois pas bien, dès lors, en quoi 1) il y aurait nécessité de l’émergence d’un support nomade pour justifier l’existence d’une bd numérique 2) la bd numérique devrait viser une destinée industrielle de toute façon inexistante pour le moment. Si faire un livre est forcément un modèle économique viable, je veux bien en recevoir ici la brillante démonstration. Mais ça ressemble plus à une espèce de blague. Comme si tous les livres publiés rapportaient des sommes importantes, permettant de vivre, à leurs auteurs. Evidemment que non. Entendons-nous bien. Je ne reproche ici à personne de vouloir vivre de son travail, ni même de gagner de l’argent en quantité suffisante avec celui-ci. Tout ce que je dis, c’est que subsumer la forme de la création à sa rémunération très hypothétique m’apparaît intellectuellement plutôt malhonnête.
par Docteur C le 23 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#09
|
La dimension économique doit rester un élément essentiel pour développer ce genre d’initiative mais cependant la recherche artistique n’a jamais eu de lien avec l’aspect économique ou alors je n’ai pas bien compris ce qu’est fondamentalement le rapport d’un artiste avec son art. Le recherche artistique pour un support comme le numérique est une chose et sa rentabilité économique en est une autre. Effectivement, c’est certainement la rentabilité qui créera la BD numérique du futur mais rien n’empêche des auteurs de tenter des voies et expérimenter des solutions pour ce support. Je comprends bien qu’un professionnel dont c’est le métier doit gagner sa vie mais rien n’empêche ce même professionnel de vouloir tenter de nouvelles voies quitte à y perdre un peu (c’est un choix). Encore une fois, l’expérience de Bludzee de Lewis Trondheim me semble intéressante car elle a le mérite de proposer une véritable création pour un support donné avec un coût estimé et un seuil de rentabilité clairement affiché. Cet engagement d’un auteur connu est le meilleur moyen de démocratiser ce nouvel espace de création et de faire connaître par la suite des initiatives parfois peut être plus confidentielles et plus expérimentales. L’objectif, je pense, dans cette démarche étant de capter un nouveau public « Nouveaux supports, nouveaux publics... » (Lewis Trondheim.). Vous avez raison d’insister sur le coté économique de la BD numérique mais tout nouveau média doit avant développement connaître une phase d’expérimentation (avec ses succès mais aussi ses échecs) et des professionnels qui choisissent de s’y investir. De même, effectivement l’extension du numérique vers le livre n’est pas, à mon sens, contradictoire dans l’état actuel du marché. Je reste attaché au livre mais je pense que la gratuité du net (ou quasi gratuité (8 euros pour 365 strips dans le cas de Bludzee !)) permet d’amener un nouveau public vers la Bande Dessinée. Je me souviens d’une pub pour un grand magasin de vente de produits culturels (partenaire du festival d’Angoulême) où une voix off demandait aux personnes qui lisaient des BD que ce serait bien si elles en achetaient aussi un peu. Je suis intimement convaincu que l’offre gratuite entraine souvent l’acte d’achat par la suite quand les moyens financiers sont là (en tout cas c’est exactement mon cas). Peut être qu’un jour, les supports (IPhone ou autre, tout va si vite) feront que BD pour livres et extension numérique cohabiteront chacun avec leur spécificité et leur qualité propre (ce qui je crois est quelque part l’objet de cet article). Désolé si cette intervention est un peu brouillonne mais je n’ai franchement pas l’habitude d’intervenir sur des forums. |
|
par chris64 le 19 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>09
|
Je ne connais pas de gratuité. Faut pas croire les publicitaires ! Les nouvelles formes d’Art ont toujours été créées dans des pays riches. Je ne connais pas d’exemple dans l’Histoire qui puisse me démontrer le contraire... L’Art et l’argent sont toujours liés. La tentative de Lewis est intéressante. Mais elle trouve rapidement ses limites. Pas artistiques mais économiques. Il faut avoir une machine et un abonnement pour pouvoir avoir accès et s’offrir Bludzee. Et ça, c’est une sacré limite à la popularisation d’une œuvre. D’ailleurs, l’exemple Bludzee démontre que la dimension économique est incontournable... Lewis et moi avons projet numérique novateur. Et déjà, la première chose pour son éditeur va être de trouver des subventions pour pouvoir créer un programme informatique... Donc le discours "faisons abstraction des dimensions bassement commerciales", je rigole ! f*
par f*Parme le 19 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#10
|
Bon ok, "l’art graphique séquentiel et interactif numérique "reste à définir ainsi que son format standard (ben oui je lis aussi les autres notes), et tout ceci reste encore un bel espace à défricher mais je reste quand même sur ma position sur le fait que des voies doivent pouvoir exister et que ce sont des auteurs comme vous ou d’autres qui par leur implication feront le marché aussi. Les appareils commencent à émerger et l’Ipad semble être tout de même un sacré engin qui risque de mettre tout le monde d’accord pour quelques temps. Je penses d’ailleurs que votre participation active à cette discussion montre bien que ce domaine vous interpelle.
Mais même avec tous les paramètres que vous citez, la BD numérique devrait cependant être dans une logique économique plus intéressante que l’édition traditionnelle. Cet aspect économique devrait jouer en sa faveur. De plus, sa diffusion immédiate (après tous les paramètres que vous indiquez) sur un territoire internet (avec traduction comme Bludzee) est un autre élément qui joue en faveur de nouveau mode d’expression pour des auteurs pro ou pas.
|
|
par chris64 le 20 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>10
|
Je ne sais si c’est vrai, mais dans tous les cas ce n’est guère réjouissant pour la création... :|
par iko le 20 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#11
|
Merci pour cet article très intéressant et les commentaires nombreux et pertinents. Beaucoup de choses ont été dites, je rajouterai simplement que les frontières sont aussi poreuses entre les arts du spectacle, de la littérature et des arts plastiques (pour produire de la bande dessinée "classique") qu’entre le jeu, la lecture et le spectacle (pour produire de l’hyperBD). Quand de nouvelles possibilités s’ouvrent, les artistes se basent sur les formes précédentes (ex le théâtre filmé au début du cinéma). Et donc, que ce n’est pas grave si les formes complexes ou innovantes se font attendre. Aujourd’hui, je rentre d’une séance de cours aux Arts Décoratifs de Strasbourg où des étudiants travaillent sur des narrations visuelles élaborées spécialement pour une lecture numérique. J’espère pouvoir vous en faire profiter dans quelques mois... (si la direction de l’école n’étrangle pas l’atelier) |
|
par Joseph Béhé le 22 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
#12
|
Boah, moi je défendrais juste mon bout de gras, vu que tous les autres ont déjà dis des tas de choses intéressantes et biens. Donc pour faire court la "révélation blog" est récompense une personne "révélée par le blog" (d’où le nom) et non une oeuvre numérique D’où le côté tout à fait raccord de proposer un album à cette personne qui n’est d’ailleurs pas l’édition de son blog. Et qui, au vu du premier album donne quelque chose d’assez bon, soit dit en passant. S’il avait fallu récompenser une création numérique, on aurait surement appelé ça "prix de la création numérique" et trouvé une récompense plus en raccord. Sachant que bon, le côté récompense édition, est un peu la carotte ultime pour les blogueurs qui ne rêvent que d’édition. Si vous avez suivi la chose, vous verrez que ça permet en général de mettre en avant une trentaine de blog ou webcomics très différents, n’ayant pas tous la prétention à l’édition (voir n’étant pas éditables tout court). Le problème de ce débat, c’est que c’est toujours la même rengaine "ohlala on peut faire des trucs incroyables avec l’internet et l’interaction et on fait rien et tout ce qu’on fait c’est nul". Bon, c’est vraiment très intéressant et surtout courageux comme point de vue, mais ça consiste en général à défoncer ce qui se fait au nom de "ce qui pourrait se faire". J’imagine qu’on est tous des idiots et que vraiment, on ne crée pas grand chose. Et j’imagine que les donneurs de leçon sont, comme toujours, des gens ayant eux même apportés de grandes choses au sujet. Mais en général, non. Ou je me trompe, et il y a un lien caché montrant une nouvelle création de votre cru qui va tellement révolutionner la création numérique que tous les articles dénigrant le reste seront superflus ? Montrez moi cela. Avec tout mon humour. |
|
par wandrille le 22 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>12
|
Cher Wandrille, Au prochain Salon du Livre de Paris, Dargaud va lancer une nouvelle plateforme de vente de BD en ligne. Ça s’appellera Iznéo. Ce ne sera peut-être pas la grande révolution artistique du siècle mais il me semble que ce sera déjà uen expérience à grande échelle importante. Sans ce type de plateforme, je ne vois pas comment on peut faire avancer les choses. En braillant : place aux jeunes, les vieux sont tous des cons de bourgeois !!! ... ? Non. Généralement, ceux qui tiennent ce discours sont les cons de bourgeois de demain. Ils sont frustrés qui veulent le fric et le Pouvoir en faisant croire que non, qu’ils sont des poètes. À d’autres ! Il vaut mieux toujours souhaiter que tout marche pour tout le monde. De toute façon, les œuvres novatrices et importantes finissent toujours par avoir raison et rester durablement. Si cette plateforme marche, alors, on pourra espérer voir financer dans quelques temps des projets artistiques plus ambitieux. Avec tout mon pessimisme éclairé, habituel. f*
par f*Parme le 23 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#13
|
Alors je me réponds à moi même, puisque j’ai zappé un commentaire qui disait que l’auteur de l’article avait effectivement produit une bande dessinée interactive, mais, comme le seul lien que j’ai trouvé amène à Coconino et que Coconino pour trouver un truc, c’est le bordel, j’aimerais vraiment bien voir cette chose là... Comme d’autres ici, je suis souvent assez dubitatif sur l’intérêt réel de la chose. Pour le moment, ce que j’ai vu est assez gadget et ressemble moins à de la bd qu’à de l’animation matinée de livres dont on est le héros... Mais foin d’a priori : le lien ! le lien ! |
|
par wandrille le 23 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>13
|
Le lien est quelque part dans les commentaires... (ok, je vous l’accorde c’est un peu le bordel dans les commentaires). Et puis comme le beau temps est de retour, je vous le remets : http://www.prisedetete.net/index.html
par Mattias-Fausse-Monnaie le 23 février 2010
| Répondre à ce message
Oui le lien allons-y : http://www.prisedetete.net Je ne me permettrais pas ce genre d’article "provocateur" si moi-même n’avait pas les mains dans le cambouis depuis plus de deux ans (un mémoire consacré à la question, et plusieurs créations, mais "Prise de tête" est la principale.) Etrange qu’un lien t’ai amené sur Coconino, au pire googlise mon lien (je me permets le tutoiement, puisqu’on s’est tutoyé à chaque fois qu’on s’est croisé en festival !). Quand à la Révélation Blog, j’ai bien compris ses enjeux, mais la situation est quand même particulièrement ubuesque. Je ne demande pas aux auteurs de blog BD de faire tous dans le multimedia, interactif, etc... Ce qui m’interpelle, c’est que trop peu s’interrogent sur ce médium, et pire, qu’ils le méprisent puisque visent l’édition papier, comme si le blog n’était qu’un sous-medium et le livre tout pouissant. Bon, comme certains l’ont souligné, le blog n’est pas le sujet de cet article : je m’en suis simplement servi pour montrer très concrètement l’absurdité qui règne du côté numérique de la bande dessinée. Reste que j’ai une suggestion pour ce Prix de la Révélation Blog : pourquoi pas un partenariat avec un éditeur de bande dessinée numérique, et laisser les récompensés choisir leur éditeur entre deux propositions, un papier et un numérique ? Ca serait beaucoup plus cohérent, non ?
par Tony le 23 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#14
|
Bonjour à tous. Je trouve dommage que l’on ne s’oriente pas plus vers les possibilités "plastiques" spécifiques au numérique. Il y a un terrain de création qui n’a quasiment pas été exploré. En 2003, il y a 7 ans déjà, je mettais en ligne cette crotte : http://fredboot.com/nmd/yb1/yb1f.html Le seul intérêt de la chose (outre de découvrir à l’époque le travail de la japonaise Kan Takahama) est au niveau de la recherche formelle qui se penche vers une particularité toutes bêtes mais que tout le monde zappe depuis des années : la génération de graphisme et d’émotion par la prise en compte de comportements. En clair : chaque élément d’une oeuvre peut avoir des comportements qui lui sont propres et le code peut générer de l’image. Il est aussi possible d’étirer un instant de narration sans que cela ne devienne du dessin animé ou du jeu video. C’est très couillon en soi. Mais ça demande un minimum de se mettre les mains dans le cambouis, un cambouis qui ne laisse qu’un peu de corne sur le bout des index. C’est un tout petit grain de sable dans un univers de possibles que quasiment personne ne cherche à défricher. Il y a une culture de la création numérique proche du zéro dans le monde la BD. Si si. J’espère de tout mon cœur qu’une génération de jeunes auteurs vont mettre un bon gros coup de pied dans nos visions de petits artisans gribouilleurs (je me mets dedans, je ne peux pas dire que depuis quelques années je vais de l’avant côté création numérique). Une génération qui n’aura pas peur de revendiquer un art généré par ce qui est propre au numérique, et qui aura l’audace de ne pas attendre au chaud un modèle économique. D’autant que celui qui s’annonce il est simple : vendre des oeuvres asseptisées voire censurées (5000 app trop sexuées retirées de l’Apple store hier) et laisser un petit 8% aux gentils dessinateurs qui créent comme on créait il y a 50 ans. |
|
par Fred Boot le 23 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>14
|
Ha Fred je te reconnais bien là ! Le récit génératif (plus ou moins aléatoire) est précisément une direction que j’ai oublié de prendre en compte dans les directions possibles de la bande dessinée numérique. Il est assez amusant que tu sois le 2è à me le faire remarquer cette semaine (le premier étant Sébastien Trahan). Il se pourrait donc qu’après un article sur la voie "interactivité", je regarde d’un peu plus près ce qui a déjà pu se faire en matière de "récit génératif". En littérature, ça a au moins 20 ans (estimation à vue de nez) !!! Ce genre de constat me fait dire que les auteurs de bande dessinée sont vraiment enfermés dans leur bulle, et que ce jeu de mot serait minable s’il n’était malheureusement approprié...
par Tony le 23 février 2010
| Répondre à ce message
Pire : la littérature générative utilisant l’informatique existerait depuis 1959.
par Tony le 23 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#15
|
Il y a évidemment des aspects intéressants à la "bd interactive numérique", certainement dans les essais de Tony. Mais comme constate e.a. Big Ben, la bd n’a pas attendu le numérique pour être interactive. Que nous viennent des histoires appétissantes de ces nouvelles formes "hybrides", je ne l’exlue pas non plus. Mais ce qui frappe dans le sujet, c’est une forme de "bdéisme" ou de "bdéite" (au choix) comme on voit aussi dans certains aspects de la bd dite abstraite ou concrète. Tout peut être bd ou bdéifié, il suffit de s’y mettre. Le plus facile, c’est quand ça "y" ressemble, p.e. en s’articulant par des cases, des bulles, des icônes... Alors il faut aller au fond de la question. Que veut-on faire ? Si la bd répond à une certaine forme majeure, c’est parce que à la fin du 19ème siècle la possibilité et la demande étaient là pour des petits récits courts et comiques en images dans la presse populaire. Le dessin s’imposait comme évident. Comme il fallait donc recouper un évènement temporel (histoire) en images fixes, le choix pour la bande était évident. Plus de cent ans plus tard, cette forme subsiste tant bien que mal et, heureusement, le récit graphique en général trouve d’autres formes en réponse à l’actualité artistique, technologique etc. Quand on s’essaie par exemple à la "bd abstraite", il s’agît en premier lieu de rencontrer les fonds "concrets" du récit en images, pas de faire quelque chose d’abstrait qui ressemble à de la bd ou de faire une bd qui ressemble à de la peinture abstraite... Pourquoi faire des bd numériques interactives ? Si, c’est "seulement" parce que c’est possible, tant mieux. Comme expérience, ça se vaut. Si c’est pour raconter des histoires en passant par l’aspect le plus rafraîchissant du numérique, c’est à dire l’interactivité : pourquoi alors vouloir faire "bd" ? Les jeux vidéos et l’art numérique en ligne ne sont-ils pas justement les approches les plus interactives de la narration numérique ? (voir Pierrec) Faire de la bd numérique interactive : est-ce que ce n’est pas avant tout une contrainte qui peut s’avérer très créative mais d’un origine historique plutôt narcissique ? En tout cas, merci pour relever la question et d’essayer de nouvelles perspectives. Comme dit, je n’exclue pas que ces exercices puissent renouveler la façon de faire des récits graphiques. |
|
par seb.c le 23 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>15
|
Internet, le numérique etc. changent (ont changé) notre façon façon de percevoir, de lire les choses & notre manière de diffuser (comme la photographie ou l’encart du dimanche en couleur des journaux américains du début du vingtième siècle ont influé sur la bande-dessinée). Aussi il est normal — & sain — que la bande-dessinée (ou plutôt les auteurs) en prennent conscience. Donc deux choses : — Dans sa forme de diffusion "traditionnelle" (le livre), la bande-dessinée doit se faire écho des changements techniques (la sacro-sainte planche originale est mise à mort par photoshop et ses calques ; cf ruppert & mulot et leur travail par calques) et sensitives du lecteur moderne (qui lit encore aujourd’hui une encyclopédie intégralement de la lettre A à la Z ? On lit l’information par "bonds" — or la bande-dessinée y est particulièrement adaptée). — La bande-dessinée se cherche de nouveaux moyens de diffusion. Internet en un. Il a ses contraintes (lecture sur un écran — donc lecture tronquée de la planche —, clic de souris pour "tourner" la page, lignes de codes etc..) et des possibilités techniques, que l’on serait bien sot de ne pas saisir... Les auteurs doivent en tenir compte (par soucie de lisibilité : on ne peut pas transposer tel quel un 48CC sur la toile, un écran !) et jouer avec, de dégager leur potentiel artistique (pour l’art). Bref. ps : "bande-dessinée interactive" est laid et ne dit pas grand chose (les trucs de l’oubapo sont interactifs, non ?). Et puis les trucs de Tony sont de la bande-dessinée (tout court).
par Mattias-Fausse-Monnaie le 23 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#16
|
C’est un article intéressant, car met sur la table un débat beaucoup plus vaste sur la façon d’aborder les arts et Internet. Selon moi chercher à faire un procés (mais ce n’est pas le cas ici) ou un manifeste pour revendiquer le droit à quelque forme de communication artistique d’exister n’a pas d’autre intérêt que de soulever des discussions (ce qui est déjà pas mal). Dire à des auteurs d’un média qu’ils ne devraient pas faire ça comme ça, mais autrement est une absurdité, Lewis trondheim ou Boulet font ce qu’ils aiment, l’art ou l’Art comme ils le ressentent. Il n’y a aucune raison de les blamer pour ce qu’ils ne font pas, qui juge qui ? Celui qui souhaite qu’une nouvelle forme de narration multimédia existe n’a qu’une chose à faire, se retrousser les manches, attraper une pelle, une pioche et passer au charbon. Internet est là, les outils aujourd’hui existent, celui là a des chances de ne pas creuser pour rien et il va peut être trouver quelque chose de magnifique au fond. Celui là doit aussi assumer qu’il prend des risques, se tromper, perdre du temps et de l’argent. Il y’a un côté de recherche dans tout ça, et les chercheurs sont pauvres faut pas se leurrer. Pour faire un pas de côté et donner une idée, il y’a un micro débat dans le milieu de la littérature de science fiction depuis quelques années, certains y voit avec une grande peur, la dérive des étiquettes, d’autres se réjouissent que la frontière entre littérature de genre et classique se floue pour une nouvelle forme littéraire. (La révolution numérique n’est pas la cause dans ce débat mais l’évolution des idées.) Nouvelles mutations de la littérature et pourtant les étiquettes, fantasy, fantastique, album bd, manga, hard sf ont certainement encore de beaux jours devant eux. Pour revenir à ce qui nous concerne, il existera toujours des personnes pour faire la suite de blake et mortimer mais à l’autre bout il y’a des mutations qui feront trembler le neuvième art (je plaisantes, l’enrichiront certainement). Quand on regarde le web avec les mots de shakespeare, on se rend compte qu’il y’a une légère avance (rapport de nombres surtout) sur cette mutation des arts d’une manière générale par rapport à nous francophone. Cela ne veux pas dire et heureusement, que les arts ’anciens’ disparaitront, il y’aura toujours des protecteurs et continuateurs inspiré par l’architecture du parthénon, le naturalisme ou le préraphaèlisme. La bande dessinnée n’est pas un monde à part dans l’évolution des arts, il y’aura les continuateurs de peyo, toriyama et eisner, puis ceux qui feront n’importe quoi. L’art subit une mutation majeure, hourra ! Est ce que demain on ne pourras pas pour autant trouver une planche de Winsor McCay ou un tableau de Millais magnifique ? Je ne le crois pas. Chacun maintenant peu choisir son champion, le classique ou l’innovateur (pour binariser tout ça de manière idiote) ou respecter toutes les démarches, des débats sans fins et stériles auront lieux et feront exploser les baromètres à points godwin, mais aucune importance, l’art subit sa mutation de toute façon avec ou sans ces messages, car les illuminés sont partout. Maintenant il va falloir trouver de nouvelles étiquettes, car on commence lourdement à étouffer, bande dessinée interactive ? Narrative Video Games ? Webcomics ? Blog ? Il va falloir jouer un peu plus avec la flexibilité des mots. Moi personnellement je fais le choix de croire dans l’art libre et collaboratif loin des pubs et autres idées capitaliste qui sentent le poisson. Mais je ne me battrais pas, l’histoire de l’art fera son chemin sans mes idées "libertaire" et c’est trés bien ainsi. Cordialement, Ismaël PS : J’ai aussi le sentiment que l’illusioniste va être le plus beau film d’animation de l’année. |
|
par Ismaël le 23 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>16
|
Ce qui est très bien avec cet article de l’ami Tony, c’est de faire réagir tout plein de gens très intéressants qui disent tout plein de choses intéressantes qui s’opposent, se complètent et entraînent tout plein de bonnes questions. Je voudrais ajouter plusieurs petites choses toutes bêtes :
La publicité : ouuuuh, là aussi c’est maaaaal ! La publicité ça pue, ça corrompt, ça salit ! Bon, et sinon ? Combien de fois sincèrement vous êtes vous arrêté sur une pub de quelque forme que ce soit et vous êtes dit "putain, c’est bien vu ?" - quand Chabat s’amuse avec Orangina, c’est drôle ou c’est mal ? Pour aller un poil plus loin, pour que Tim Burton puisse faire Big Fish, il doit lâcher deux ans de travail sur la Planète des Singes. Bon, en d’autres termes, cela s’appelle des concessions. Moi je crois qu’une publicité en BD numérique serait la meilleure réponse à développer pour financer la BD numérique de création originale. Je dis ça, je dis rien... Etre méfiant, oui, être con, là... Bon, et accessoirement, pour compléter ce message déjà long, j’ai aussi déjà beaucoup écrit sur tout cela : http://lecomptoirdelabd.blog.lemonde.fr/category/bd-numerique/ - merci à Tony et à vous tous de me donner encore tout plein de matière pour alimenter de futurs billets :)
par Sébastien NAECO le 24 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#17
|
Mouais... Personnellement, je n’imprime rien ou quasiment pas, à partir d’internet. Et puis ce que je voulais signifier, c’est le fait que l’on ne lis plus de la même façon sur internet (on saute plus facilement d’un sujet à un autre, sans bouger de son fauteuil : une note ou un passage de tel ou tel texte nous renvoie à telle ou telle chose ? Là, où avant on se lever et où on se diriger vers notre bibliothèque (si ce n’est vers la librairie du quartier pour acheter ou commander de quoi satisfaire notre curiosité soudaine), on clique tout simplement. Et puis de lecteur, on peut passer d’un coup à auteur (on annote, on contredit, on étaye le texte que l’on viens de lire).
Au XVIIIe & au XIXe si. Et puis j’aurais pu prendre un journal, un magazine, un essai ou même un roman (oui, il m’arrive de lire un roman en piochant à droite, à gauche dedans sans me soucier de l’ordre des pages...).
Le travail sur photoshop (ou autre) modifie la façon de travailler : d’une part, la planche est retravaillé numériquement (mise en couleur, encrage, collages, filtres, corrections, pdf, etc.), et par conséquent la planche papier, si elle existe encore, n’est plus qu’un fragment du travail de l’auteur (et ne peut plus se substituer à la bande-dessinée imprimée comme "œuvre d’art unique"), et, d’autre part, le travail sur calques (physique ou numériques) remplacera le travail sur une feuille de papier unique (les corrections, notamment, en seront plus faciles et moins fastidieuses), ce qui tue la planche originale (pour une planche imprimée, on x calques)
Premièrement, je soulignais le fait que l’on peut pas publier une bande dessinée de la même façon sur la toile et sur papier (prenez n’importe quelle planche de bande-dessinée, mettez-la sur un écran d’ordinateur, sa lecture en sera plus difficile, si elle n’en est pas complétement pervertie) et que l’auteur doit prendre en compte au moment de la conception l’écran, internet etc. s’il veut que sa bande-dessinée soit lisible (et pour le texte, il y a de gros efforts qui onnt était fait depuis 1995 en faveur de la lisibilité : on pense à des mises en pages et à des polices de caractères spécifiques au web). Deuxièmement, si l’auteur doit se plier à de nouvelles contraintes de lecture, autant qu’il en profite pour créer (C’est ce qu’a fait un McCay avec la page en couleur du dimanche ; c’est ce qu’ont fait un Léonard ou un Raphaël avec le tableau de chevalet). |
|
par Mattias-Fausse-Monnaie le 23 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>17
|
Moi aussi je n’imprime que très rarement, pour la bonne raison que peu de choses le nécessitent. On ne lis pas de la même manière sur Internet, parce qu’on ne lit pas la même chose qu’hors du net... Le passage au numérique n’est pas du un pour un.
Au XXe/XXIe non. C’est donc bien que quelque chose à changé qui n’est pas lié au numérique. Pour les journaux et les magazines j’ai toujours pratiqué le piochage, bien avant de connaître Internet. Pour les romans et essais, pour moi c’est inconcevable d’appeler ce que vous faites "lire"... un roman ou un essai constitue une unité intellectuelle qui suit une logique... même en sautant les passage trop ennuyeux/austères, il y a quand même une certaine nécessité de garder le fil pour une compréhension globale. Enfin, OK admettons... ;)
Ça fait des lustres que la planche n’est plus une unité complète, ça fait très longtemps, par exemple, que le papier calque s’emploie pour coloriser. C’est plutôt la question de la matérialité que je posais. Le pendant de la numérisation c’est la dématérialisation. Là où vous aviez vos mains pour manipuler, vous avez une interface. Ça change fondamentalement la façon de penser et de sentir. Un gros crayonné gras bien énervé avec aplats au doigt pour finir, c’est pas la même chose avec une tablette (la pression rendue n’est — bienheureusement pour le matériel — pas la même que la pression exercée, pour faire les aplats on va d’abord créer une texture puis l’appliquer avec effets pour rendre les nuances, etc. ) Les avantages que vous prêtez au numériques sont àmha tout à fait pertinents (trompez-vous de calque en appliquant une texture, pas grave ; renversez une bouteille d’encre de Chine sur une planche terminée... ) mais de mon point de vue la question de la numérisation sera toujours un conflit entre la spontanéité et la facilité. On peut expérimenter à l’infini et à coût nul (les brêles comme moi ne se ruinent pas en encres et feuilles canson) mais dans un monde complètement normé (pas plus de possibilité que celle de l’interface : logiciel de dessin, précision de la saisie, qualité de l’écran) ; une expérience beaucoup moins riche, complète et surprenante que son pendant physique.
Mais la contrainte du format n’a rien à voir avec la Toile. Il y a sur ce site des articles sur Gaston et Spirou (si mon souvenir est bon) qui montrent déjà l’impact des formats sur les oeuvres. Oui, bien sûr la Toile va avoir ses exigeances, mais au fond pas beaucoup plus que la publication prévue dans telle ou telle revue/collection physique. Quant à Léonard et Raphaël, on en revient à ce que j’ai dit précédemment : leurs mains étaient encore leurs mains, pas un truc qui calculait ce qu’essayaient de rendre leurs mains. Enfin... à bien réfléchir, paradoxalement je pense que malgré toutes mes réserves vous avez au final raison. La facilité (féconde ou pas) l’emporte toujours et certainement que dans l’avenir le curseur en terme de création de BD va se déplacer dans le numérique, laissant le travail "physique" et ses richesses propres dans les marges (avec peut-être de temps en temps de gros retour de mode). Ce sera un peu l’histoire de l’e-mail, ça ne sera jamais la même expérience que lire, écrire ou même conserver (le papier et l’encre se patinent, la forme garde une constance la rattachant matériellement à l’instant de création/dévoilement) une lettre manuscrite, mais c’est tellement facile et efficace qu’il n’est guère étonnant que le gros de la correspondance passe aujourd’hui par ce biais (je n’imagine d’ailleurs guère une liste de diffusion "papier" ^^ )...
par iKo le 25 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#18
|
"Le feuilleton n’a pas été inventé par des publicitaires, c’est sa version "pour vendre du savon" qui l’a été." Le feuilleton dans la presse, non. Mais à la TV, si. Tu devrais te pencher sur l’Histoire de la télévision américaine... "Ce n’est pas parce qu’on s’est habitué à quelque chose qu’on ne peut pas faire autre chose." C’est une évidence ! Seulement, le case par case et le strip ne proposent pas du tout le même type de lecture. Vous allez vous heurter à des problèmes de hiatus (ce fameux petit passage entre deux images où l’imagination du lecteur reconstruit ce qui manque). Des passages qui vont être différents de ceux de la BD. Quelque chose entre la BD et le cinéma et le story-board. Et je suis curieux de voir comment vous allez faire pour éviter certaines rigidité. "Je précise une nouvelle fois que nous ne prétendons pas révolutionner quoique ce soit..." J’ai bien compris. Vous changez de médium mais pas le fond.. Alors, pourquoi vouloir s’emparer d’un nouveau médium si c’est juste pour servir les mêmes clichés et les mêmes poncifs ? f* |
|
par f*Parme le 24 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>18
|
que peut on répondre face à de telles certitudes ? La cause est entendue il me semble. Je rends les armes et je retourne aligner les poncifs.
par Un inconnu le 25 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#19
|
Juste pour l’anecdote je réponds à la question des dédicaces... En effet je me la suis posé, étant donné que je "dessine" entièrement avec Illustrator. Bref, mon rêve de dédicace idéale : avoir une connexion internet sur le festival, dessiner la dédicace sur ordinateur et l’envoyer directement par mail au "fan" qui me l’a réclamé, de manière à ce qu’il récupère le fichier le soir en rentrant chez lui après sa journée de festivalier. Ces conditions étant impossibles, encore moins dans le cadre du fanzinat, j’ai choisi un compromis : je compose mes dédicace à partir de pictogrammes pré-imprimés que je découpe dans des planches adhésives et assemble de manière personnalisée pour chaque lecteur. |
|
par Tony le 25 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>19
|
Et tu colles tes adhésifs sur l’écran du fan ? Parce que tu ne vas quand même pas les coller sur du papier ?!!! f*
par f*Parme le 25 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#20
|
Par rapport à une BD physique, déléguer HTML/CSS revient à déléguer le placement des cases et donc l’architecture de la planche. Ça touche vraiment au coeur de la création alors que, franchement, le B-A-BA peut s’apprendre en quelques weekends via la Toile (il existe des tonnes de tutos et de forums bien faits). Après, pour tout ce qui est dynamique (pour modifier la page selon les actions de l’utilisateur, dans le cadre de la bédé interactive), c’est clair qu’on entre dans la programmation à proprement parler (le HTML/CSS, c’est plus du formatage que de la programmation). Et là, bon, c’est un choc des cultures àmha beaucoup plus grand qu’entre dessinateur/scénariste/coloriste/... C’est comme si vous aviez besoin de votre garagiste pour faire une planche, ça peut être le type le plus chic du monde, y a peu de chances que ce soit son univers et qu’il y ait véritablement dialogue (il va s’essayer à tenir le cahier des charges que vous lui demandez, mais pas vraiment participer à l’oeuvre). C’est pour ça qu’àmha il faudra certainement que les auteurs de l’ère numérique mettent un peu les mains dans le cambouis... Mais bon, ne désespérez pas, comme ce qui s’est fait avec les sites traditionnels, il n’y en aura sûrement qu’une poignée qui s’y mettra et créera des plateformes que d’autres exploiteront et tenteront d’enrichir de leurs idées et retours. Tiens, d’ailleurs il me semble que ce genre de projet existe déjà, faudrait que je recherche... |
|
par iKo le 25 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
>20
|
@iKo : Je ne suis pas sûr de comprendre ce que tu dis. Cette vision de choc des cultures me semble éronnée, dans de nombreux cas, je ne suis pas sûr qu’un coloriste, parce qu’il touche à un domaine plus proche de l’écriture ou du dessin, s’il n’est pas l’auteur du reste ai plus de facilité qu’un programmeur ou un garagiste pour discuter et essayer de comprendre ce qu’a voulu faire l’auteur. (je veux dire raconter, pas discuter techniques bd) C’est se tromper que penser que les programmeurs ne sont bons qu’à suivrent des cahier des charges, ils en ont juste besoin pour comprendre ce que veux faire l’auteur avec une oeuvre qu’ils n’ont pas réalisé, imaginé ou conçu. Maintenant si ce que tu voulais dire c’est que les aborder avec un language bd papier pour parler de narration numérique et qu’il y’a un choc, ce n’est pas la faute du programmeur, mais de l’auteur qui essaye de faire un album 46p couleurs sur internet et qui n’a pas adapté son vocabulaire. Le HTML/CSS n’ai pas suffisant pour entrer dans la narration intéractive je suis d’accord, les outils existent et ils sont en effet pleins de cambouis pour le profane. Les pionniers vont en effet devoir toucher à des languages barbares tel que le PHP et l’AJAX (j’y comprends pas grand chose non plus) et proposer ces "plate formes" dont tu parles qui seront alors reprise par les auteurs et se les approprier. Mais pour le moment je ne vois pas trop ce qui existent avec "pour" objectif de créer ces plateformes. Je crois qu’il faut regarder du côté des webcomics d’un côté et des jeux vidéos indépendant de l’autre. Je crois qu’il devrait y avoir une jonction des deux communauté à un moment. Et cette jonction sera ce dont nous sommes en train de parler en ce moment. J’espère juste que la solution ne viendra pas du Flash. Si tu trouves quelques exemples de développement actuel, je serait ravi de les connaitres. Cdlt,
par Ismaël le 25 février 2010
| Répondre à ce message
|
|
#21
| |
|
par Ismaël le 26 février 2010
| Répondre à ce message
| |
|
#22
|
Je pense tout simplement qu’un auteur un jour, va débarquer avec des idées neuves, une manière de faire bien à lui qui exploitera simplement et naturellement les possibilités de de cette "bd numérique" tout en développant un univers personnel qui ne soit pas juste une exploration des nouvelles possibilités offertes par un nouveau média. Sans doute il montrera la voie a d’autres, et alors il pourra se passer des trucs vraiment excitant. A l’heure actuelle il est vrai que le débat sur la question reste plus passionnant que ce qui existe déjà.
|
|
par Yassine le 16 mars 2010
| Répondre à ce message
| |
L’auteur d’American Splendor et l’une des figures emblématiques de l’autobiographie en bande dessinée, Harvey Pekar s’est éteint hier à 70 ans. Il laisse derrière lui son « grand œuvre », chronique personnelle illustrée tour à tour par R. Crumb, Spain Rodriguez ou encore Joe Sacco, entre autres noms remarquables. En 2003, il avait été incarné à l’écran par Paul Giamatti.
Aux flâneurs de la capitale réfractaires aux sirènes du ballon rond, les jours qui viennent s’annoncent riches en horizons à explorer. Pour commencer, Thomas Ott s’expose du 11 juin au 17 juillet à la Galerie Martel (17 rue Martel dans le 10e). Ensuite, histoire de continuer à célébrer les XX ans de l’Association, Benoît Jacques prend la suite de Nine Antico et de Grégoire Carlé et « s’installe » du 15 juin au 17 juillet à Super-Héros (175 rue St Martin dans le 3e). Enfin, on pourra aller admirer le travail de Dominique Goblet & Nikita Fossoul et Aurélie William Levaux du 18 juin au 18 juillet au Monte-en-l’Air (71 rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare dans le 20e).
Avis aux amateurs : ce mois de mai promet d’en éblouir plus d’un.