Déniché dans une pile de comix auto-produits au Regard Moderne (rue Gît-le-coeur, dans le 5è, à Paris), La Saga de Fulbert Cervo est « publiée » sans lieu ni date (ni adresse) par Nikolas Witko. Le seul contact qui apparaisse sur le bidule semble être celui d’un photocopieur (Plan 2000 Inc, Copy Service, 02 15 37 29 90). Voilà. Ce n’est pas grand chose, hein ?
Au bout de deux pages, on s’aperçoit que ce n’est pas l’essentiel. Fulbert Cervo est l’homme qui entreprend de résoudre la très vieille question de la poule et de l’oeuf (lequel apparut en premier ?) de la façon la plus simple : en réintroduisant de force l’oeuf dans la poule. Autant le dire tout de suite : la poule n’aime pas. Ce point de départ anecdotique et franchement rigolo est pour Nikolas Witko le prétexte idéal pour redérouler à sa façon le récit de la création du monde.
Son comix photocopié va donc respecter en sept chapitres les sept jours de la création, avec Fulbert lui-même dans le rôle de personnage principal (entouré, entre autres, d’un troupeau d’autruches, d’un boeuf, de nombreux chatons et d’une armée de vers de terre). L’épopée de Fulbert est magnifiquement construite, et les délires les plus outrés n’empêchent pas cette genèse improvisée de retomber sur ses pieds étape après étape.
Graphiquement, La Saga de Fulbert Cervo tient étonnamment la route. Le trait se déforme d’épisode en épisode, le style change, le découpage aussi, mais peu à peu ce qui semblait simplement une facilité technique s’impose comme un style assez maîtrisé, et très prenant, bourré d’inventions visuelles réjouissantes. Les transitions entre les « jours » de la genèse sont magistrales.
Je pourrais vous faire croire qu’on pense, en le lisant, à plein d’autres auteurs : je mentirais. On ne pense à rien, on profite et on rigole. La seule remarque, peut-être, que l’on se permette en refermant ce petit machin joliment agrafé (avec une couv extérieure en papier fort, un intercalaire en calque rouge, et une couv intérieure en kraft), c’est que le style de Witko mérite de meilleures conditions d’édition : les noirs ne sont pas assez denses, certaines photocopies maltraitent un peu la netteté des hachures ou des encres. Vivement que Witko, submergé de congratulations, passe la vitesse supérieure : je fais le pari qu’on en reparlera (ou alors il va devenir VRP en brosses à dents sur Neptune, on ne sait pas).
L’auteur d’American Splendor et l’une des figures emblématiques de l’autobiographie en bande dessinée, Harvey Pekar s’est éteint hier à 70 ans. Il laisse derrière lui son « grand œuvre », chronique personnelle illustrée tour à tour par R. Crumb, Spain Rodriguez ou encore Joe Sacco, entre autres noms remarquables. En 2003, il avait été incarné à l’écran par Paul Giamatti.
Aux flâneurs de la capitale réfractaires aux sirènes du ballon rond, les jours qui viennent s’annoncent riches en horizons à explorer. Pour commencer, Thomas Ott s’expose du 11 juin au 17 juillet à la Galerie Martel (17 rue Martel dans le 10e). Ensuite, histoire de continuer à célébrer les XX ans de l’Association, Benoît Jacques prend la suite de Nine Antico et de Grégoire Carlé et « s’installe » du 15 juin au 17 juillet à Super-Héros (175 rue St Martin dans le 3e). Enfin, on pourra aller admirer le travail de Dominique Goblet & Nikita Fossoul et Aurélie William Levaux du 18 juin au 18 juillet au Monte-en-l’Air (71 rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare dans le 20e).
Avis aux amateurs : ce mois de mai promet d’en éblouir plus d’un.